Environ un habitant sur 200 est apiculteur en Slovénie, et le pays a fait inscrire la Journée mondiale des abeilles au calendrier de l’ONU : la résolution a été adoptée par consensus le 20 décembre 2017. Le 20 mai renvoie à Anton Janša, premier maître impérial d’apiculture en 1770.
Un pays de 2,1 millions d’habitants peut-il faire inscrire une journée internationale au calendrier des Nations unies ? La Slovénie l’a fait, et le sujet qu’elle a choisi est modeste en apparence : l’abeille. La Journée mondiale des abeilles, célébrée le 20 mai, est le résultat d’une démarche d’État engagée en 2014-2015 et conclue par un vote de l’Assemblée générale à la fin de 2017. Derrière cette procédure se trouve une tradition apicole ancienne, un personnage historique, un modèle de ruche et un art populaire dont nous parlerons avec prudence.
C’est un sujet fort et peu connu, qui touche à la gastronomie au sens large : à ce que le pays produit, protège et transmet. Pour le contexte alimentaire et viticole du pays, nos pages sur la gastronomie et les vins de Slovénie servent de cadre. Ici, nous suivons un fil unique : celui des abeilles.
Un habitant sur 200 : l’apiculture comme fait de société
Commençons par les ordres de grandeur, car ils expliquent pourquoi la Slovénie avait quelque légitimité à porter ce projet. D’après le ministère compétent, le pays comptait en décembre 2024 plus de 11 000 apiculteurs, et en 2024 plus de 200 000 colonies. L’ONU, de son côté, résume la situation par une formule : environ un habitant sur 200 est apiculteur.
| Indicateur | Valeur | Source et date |
|---|---|---|
| Apiculteurs | plus de 11 000 | ministère, décembre 2024 |
| Colonies | plus de 200 000 | ministère, 2024 |
| Part de la population | environ 1 habitant sur 200 | ONU |
| Population du pays | 2 135 107 | SURS, 1er janvier 2026 |
Ces chiffres ne se recoupent pas au centième, et c’est normal : ils ne datent pas de la même année et ne viennent pas de la même institution. Le rapprochement entre 11 000 apiculteurs et 2 135 107 habitants donne un ordre de grandeur cohérent avec la formule de l’ONU, sans prétendre à l’exactitude. Nous n’avons pas de chiffre d’apiculteurs pour 2025, et nous ne l’extrapolons pas.
Ce qui frappe, c’est la nature du chiffre. Un habitant sur 200, ce n’est pas une spécialité de quelques professionnels : c’est une pratique répandue dans la société, qui irrigue les familles et les villages. Nous n’avons pas de source qui détaille la répartition entre apiculteurs professionnels et amateurs, et nous ne la présumons pas.
Anton Janša : un peintre devenu maître impérial
Le fil historique passe par un homme. Anton Janša est né aux alentours du 20 mai 1734 à Breznica, et il est mort à Vienne le 13 septembre 1773. La date de naissance est en réalité une date de baptême, ce qui explique le « vers » : c’est la trace conservée dans nos sources.
Son parcours tient en quelques jalons, et chacun nous apprend quelque chose.
- Peintre. Les sources le présentent d’abord comme peintre. Rien, au départ, ne le destinait à devenir la référence apicole d’un empire.
- 1769 : l’apiculture. Il s’y consacre cette année-là. La bascule d’une activité artistique vers une activité agricole est un détail qui frappe : un peintre devient apiculteur.
- 1770 : maître impérial. Il est nommé premier maître impérial d’apiculture, sous le règne de l’impératrice Marie-Thérèse.
- 1771 et 1775 : deux livres. Il signe des ouvrages dont nous ne donnons pas les titres, nos sources ne les rapportant pas. La date de 1775 est postérieure à sa mort en 1773 ; elle doit donc s’entendre comme une parution posthume ou comme une édition tardive, nos sources ne précisant pas laquelle.
Un point de désaccord mérite d’être signalé honnêtement : l’origine géographique d’Anton Janša. La plupart des sources le disent carniolien, mais certaines publications le rattachent à la Carinthie. Nous retenons la version carniolienne, qui est la plus fréquente, en rappelant que la question n’est pas close. Il ne s’agit pas d’une querelle de détail : les deux provinces correspondent à des identités historiques différentes, et la question de l’origine d’un personnage de cette importance n’est jamais tout à fait neutre.
Il est mort jeune, à environ trente-neuf ans, à Vienne. Cette brièveté donne à sa carrière une densité particulière : un engagement dans l’apiculture à partir de 1769, un titre en 1770, deux livres, et la mort en 1773.
Le 20 mai : une date de naissance devenue date mondiale
Le choix du 20 mai pour la Journée mondiale des abeilles n’a rien d’arbitraire. Cette date correspond à la naissance d’Anton Janša. Autrement dit, la communauté internationale célèbre les abeilles le jour où l’on se souvient de l’homme qui, pour la Slovénie, incarne l’apiculture savante.
Cette particularité comporte une nuance que nous tenons à mentionner : le 20 mai est, nous l’avons vu, une date de baptême, et donc une approximation de la naissance réelle. Cela ne retire rien à la valeur symbolique du choix, mais cela invite à parler de date de naissance conventionnelle. Nous préférons ce raisonnement nuancé à une formule plus nette mais moins exacte.
On notera aussi la rareté du procédé. Une journée mondiale s’appuie d’ordinaire sur un événement ou un principe ; celle-ci repose sur une personne. C’est un indice de la manière dont un pays de taille moyenne construit son rayonnement : à travers un personnage historique qui parle de lui-même.
De Ljubljana aux Nations unies : une procédure en trois temps
L’histoire institutionnelle de cette journée se lit en trois temps, tous documentés.
- 2014-2015 : le lancement. La Slovénie engage la procédure. Les sources indiquent « 2014 ou 2015 » sans trancher davantage ; nous reprenons cette formulation.
- Le soutien. La résolution réunit 115 co-parrains, un chiffre élevé qui montre l’ampleur du soutien obtenu avant même le vote.
- 20 décembre 2017 : l’adoption. L’Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution par consensus.
Le mot « consensus » est le plus important de cette séquence. Une adoption par consensus signifie que la résolution a été adoptée sans vote contraire exprimé. Pour un pays qui ne dispose d’aucune puissance diplomatique particulière, c’est un résultat notable. Il suppose un travail d’explication, de persuasion et de coalition, que nos sources ne détaillent pas mais dont le nombre de co-parrains donne une mesure.
Le lecteur qui souhaite replacer cette démarche dans son contexte national gardera à l’esprit que la procédure a duré plusieurs années, de 2014-2015 à décembre 2017. La capitale, Ljubljana et son architecture signée Plečnik, est le lieu où le pays s’organise et se représente. Ce que nous documentons ici, c’est un autre versant de cette représentation : non plus la pierre, mais le vivant.
La ruche AŽ : un standard national né en 1903
Au centre de la tradition apicole slovène se trouve un objet : la ruche AŽ. Son nom est un acronyme : A pour Alberti, Ž pour Žnideršič. Elle a été créée en 1903 par Anton Žnideršič (1874-1947), originaire d’Ilirska Bistrica, sur la base de la ruche d’Alberti.
Trois informations méritent qu’on s’y arrête.
- La filiation. La ruche AŽ n’est pas une invention ex nihilo : elle se fonde sur un modèle antérieur, celui d’Alberti. Le nom en garde la trace.
- Le créateur. Anton Žnideršič a vécu de 1874 à 1947. Il avait donc une trentaine d’années lorsqu’il a conçu sa ruche en 1903.
- L’adoption. Selon une source secondaire, plus de 90 % des apiculteurs slovènes utilisent ce modèle. Nous signalons explicitement que cette proportion vient d’une source secondaire et non d’un recensement officiel : il faut la lire comme un ordre de grandeur, très élevé, plutôt que comme une statistique certifiée.
Un standard adopté par la quasi-totalité d’une profession est un phénomène rare. Il suppose que le modèle ait convaincu par l’usage, qu’il ait été diffusé et transmis, et qu’il soit resté pertinent plus d’un siècle après sa création. Nos sources n’expliquent pas les raisons de ce succès, et nous ne les inventons pas. Nous nous contentons de constater : un objet né en 1903 est encore aujourd’hui la référence de la grande majorité des apiculteurs du pays. L’histoire des formes de ruches ne se joue d’ailleurs pas qu’en Slovénie : le magazine Trésor du rucher retrace de son côté le rôle de Petro Prokopovytch dans l’invention de la ruche moderne, un siècle avant Žnideršič.
On rapprochera ce cas de celui de la Stara trta, la vigne dont nous racontons l’histoire dans notre article sur la vieille vigne de Maribor : dans les deux cas, un objet précis, circonscrit, porte à lui seul une part de l’identité d’un secteur.
Les planchettes peintes : un art populaire
Le titre de cet article évoque des « ruchers peints ». Il faut ici être particulièrement rigoureux. Les panjske končnice, ces planchettes de ruche peintes, sont décrites par le Musée d’ethnographie comme un art populaire slovène. C’est tout ce que nos sources permettent d’affirmer.
Nous ne donnons donc ni date, ni origine, ni description des motifs, ni nombre de pièces conservées. Ces informations existent sans doute dans la littérature spécialisée, mais nous n’avons pas pu les recouper, et nous préférons laisser un blanc plutôt que d’y glisser une approximation. Le lecteur qui voudra approfondir se tournera vers le musée lui-même.
Ce que l’on peut dire sans risque, en revanche, c’est ce que la formulation du musée implique : ces objets ne sont pas seulement utilitaires. Qualifier une production d’art populaire, c’est reconnaître qu’elle porte une valeur esthétique et culturelle propre. L’apiculture slovène ne se réduit pas à une technique de production de miel ; elle a aussi une dimension visuelle et symbolique.
Ce que cette histoire dit d’un petit pays
Replaçons les chiffres côte à côte. Un pays de 2 135 107 habitants au 1er janvier 2026, plus de 11 000 apiculteurs en 2024, plus de 200 000 colonies, 115 co-parrains pour une résolution, une adoption par consensus le 20 décembre 2017. Ces ordres de grandeur dessinent une démarche cohérente : un secteur très présent dans la société, un personnage historique identifié, une date qui en découle, puis une initiative diplomatique portée par l’État.
Nous prenons garde de ne pas aller plus loin que nos sources. Elles ne disent pas pourquoi la Slovénie a choisi ce sujet plutôt qu’un autre, ni quelles négociations ont précédé le vote. Nous ne prêtons donc aucune intention précise aux responsables de l’époque. Ce que nous pouvons écrire, c’est que l’apiculture offrait au pays un terrain où il disposait à la fois d’une pratique de masse et d’une figure fondatrice : deux atouts qui, ensemble, rendent une candidature crédible.
Le contraste avec d’autres journées internationales est parlant. Beaucoup reposent sur un thème général. Celle-ci repose sur un thème général, la protection des abeilles, et sur un ancrage biographique précis. Cette double entrée lui donne une cohérence : le 20 mai n’est pas une date posée au hasard sur un calendrier, c’est le rappel d’un homme, d’une fonction et d’un pays.
Pour le lecteur français, un parallèle est utile sans être exact : on célèbre ailleurs des productions de terroir ou des figures nationales, rarement un animal sous l’angle de ceux qui le soignent. L’apiculture slovène a ceci de particulier qu’elle relie une activité très concrète, l’entretien de colonies, à une forme de reconnaissance internationale.
Lire ces chiffres avec méthode
Cet article a rapproché des données de natures différentes. Il est utile de les ranger pour ne pas les confondre.
| Type d’information | Exemple | Niveau de certitude |
|---|---|---|
| Donnée officielle | résolution ONU du 20 décembre 2017, 115 co-parrains | élevé, source gouvernementale |
| Donnée ministérielle datée | plus de 11 000 apiculteurs en décembre 2024 | élevé pour 2024, non actualisé |
| Formule synthétique | un habitant sur 200 | ordre de grandeur, source ONU |
| Source secondaire | ruche AŽ utilisée par plus de 90 % des apiculteurs | à prendre avec prudence |
| Date approximative | naissance de Janša vers le 20 mai 1734 | baptême, pas naissance |
| Origine contestée | Janša carniolien ou carinthien | question non tranchée |
Cette typologie répond à une règle simple de notre rédaction : ne jamais mettre sur le même plan une donnée institutionnelle datée et une proportion rapportée par une source secondaire. Là où deux sources divergent, nous exposons la divergence. Là où une information manque, nous l’indiquons.
Ce que nous avons volontairement omis
Un sujet aussi attractif donne envie d’en dire davantage. Nous nous en sommes abstenus pour quatre points. L’histoire et la datation des planchettes peintes ne figurent pas dans nos sources. Les titres des livres de Janša ne sont pas documentés non plus. Nous n’avons pas de chiffre d’apiculteurs pour 2025. Enfin, nous n’avons trouvé aucune donnée sur la production de miel, et nous n’en citons donc aucune.
Cette retenue n’est pas une faiblesse : c’est la condition pour que ce qui est affirmé soit solide. Les rubriques consacrées aux villes slovènes suivent la même discipline, et le lecteur gagnera à y retrouver la même distinction entre ce qui est établi et ce qui reste à confirmer.
